
À chaque service de streaming, chacun adopte sa technique de distribution de ses films. Pendant que Netflix refuse toujours obstinément de sortir ses films au cinéma, Apple choisit la route intermédiaire. Avec une sortie les premières semaines en salles suivie d’une sortie sur la plateforme Apple TV+ quelques semaines plus tard, en esperant profiter des avantages sans les inconvénients. Une stratégie pouvant fonctionner si le film vaut la peine de se déplacer. Manque de chance, ce n’est pas le cas cette fois-ci avec To the Moon.
To the Moon, réalisé par Greg Berlanti, est un cas étrange de film. Un film se voulant rétro, mais ayant toutes les caractéristiques d’un film de 2024. Présenté comme une nouvelle version alternative du décollage et alunissage de 1969, le narration se révèle rapidement être un coup monté. Cette dernière phrase n’est valide que si l’on considère que To the Moon s’associe à un seul genre. Dans les faits, il est difficile de voir dans quel territoire se dirige notre film. Comédie durant un moment puis passant au drame, avant de faire un dernier virage vers un drame historique, on ne sait jamais sur quel pied danser.
Ce problème se répercute inévitablement sur nos deux protagonistes. Kelly Jones (Scarlett Johansson) et Cole Davis (Channing Tatum) partagent donc une alchimie parfois difficile à justifier sans que cela soit fait à coup de musique dramatique en fond. Tout ceci donne un côté ambigu au ton global du film, si les performances oscillent entre correct et moyen, les surjeux attrayants de Woody Harrleson et Jim Rash arrivent à rattraper plusieurs scènes.
Il est clair que Greg Berlanti désire retrouver un cinéma à l’ancienne avec To the Moon, tant certaines scènes sortent tout droit d’un film générique des années 80. Bien qu’on puisse approuver l’ambition de retrouver un cinéma d’antan en 2024, la qualité technique du film trahit le reste. L’image, le son et plus particulièrement la mise en scène -souvent serviable- nous fait revenir dans le perfectionnisme hollywoodien. Cela donne donc un résultat parfois étrange à regarder, où la direction des dialogues désire témoigner d’une époque, mais la mis en scène est tout autre. Alors que ces dit dialogues auraient pu avoir un aspect vintage et charmeur d’une époque du cinéma, ils tombent souvent à plat et deviennent cliché.
Cette ambiguïté se retrouve dans les thèmes du film. Avec une durée de 2h11, donnant l’impression d’être 3, To the Moon tente de soulever une face commerciale et capitaliste de l’Amérique dans cette course à l’espace. Berlanti y montre aussi un lourd discours sur la supériorité américaine et utilise/romantise la période des années 1960 pour donner du cachet à sa dramatisation des événements. Cela semble doublement vicieux de voir Kelly voir des images du Vietnam pour ensuite le transformer en une idée majeure – et félicitée- du film. Ce qui ajoute une dimension encore plus antipathique à son personnage.
To the Moon aurait sûrement eu un plus grand succès s’il était sorti dans les salles américaines il y a 30ans. Mais dans le contexte cinématographique de 2024, cela donne l’impression d’être une pauvre tentative de séduire un public ne se déplaçant plus pour ces films. Ce qui donne au final un projet hybride parfois haïssable, et souvent juste passable.




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