
Fascination et engouement traversent le genre policier autour de groupe religieux ou de secte. Il permet de traverser ou de flirter avec le surnaturel tout en restant ancré dans le quotidien des protagonistes. C’est de cette manière que Nic Pizzolato nous avait emmenés dans son univers lugubre et sinistre de True Detective, ou encore que Andrew Garfield confrontât ses croyances dans Under the Banner of Heaven. C’est en restant sur cette fine ligne que Osgood Perkins raconte l’histoire de Longlegs, un tueur cryptique et inconnu, échappant depuis des années à la police et sur le point de tuer de nouveau.
Enquêteuse silencieuse, socialement distante, mais hautement instinctive, Maika Monroe délivre une très bonne performance dans son rôle de l’agent Lee Harker. Elle trouve sa force non pas dans de longues tirades homérique, mais dans des regards et des silences qui arrivent à communiquer ses sentiments et instincts. De l’autre côté, dans un maquillage poudré de blanc et au visage marqué, Nicolas Cage donne de sa magie expressive pour donner à Longlegs un aspect aussi grotesque qu’inquiétant. Toutefois, son personnage ne donne jamais une impression horrifique et terrifiante, il est perturbant, très nettement répugnant, mais ne déclenche jamais un effroi. Cage donne notamment à son personnage plusieurs performances pouvant même faire rire par son ridicule, ce qui ajoute à son étrangeté. Tout ceci ne constitue pas forcément un défaut, mais les attentes que l’on peut se faire quant du personnage face aux discours des détectives peuvent amener certains à être déçu.

Chez Perkins, l’atmosphère donnée à son œuvre est presque aussi importante que le récit raconté. Que ce soit dans sa cinématographie ou dans son acoustique, Longlegs installe rapidement une ambiance pesante. Fait de longs silences accompagnés d’un travelling nous faisant attendre la venue d’un personnage, Perkins joue avec les attentes du film d’horreur pour installer une présence constante autour des deux agents Harker et Carter (Blair Underwood). Une chose est sûr, Oz Perkins sait absolument ce qu’il veut dans sa direction artistique. Avec ses plans symétriques formant des formes géométriques, l’utilisation d’une colorimétrie fade penchant pour un vert moisi et l’accentuation de chaque bruitage, Longlegs nous ébranle par son oppression. À cela s’ajoute une utilisation intelligente d’objectifs grand-angle, notamment durant la remarquable scène entre Longlegs et Harker dans sa cabane en bois, nous laissant volontairement voir la cuisine derrière elle pendant que Harker est à son bureau. Bien que le danger soit écarté, on ne peut s’empêcher de regarder derrière elle et de surveiller cette cuisine.
Se révélant être plus troublant encore dans son troisième acte, Longlegs étend son récit sur d’autres personnages autour de Harker. Bien que cela permette de faire monter d’un cran le surnaturel horrifique de l’histoire, on peut regretter que Perkins ne s’en soit pas tenu à son antagoniste principal, qui se suffisait à lui-même (ne serait-ce que pour la performance de Cage). Néanmoins, Longlegs se rattrape toujours par une cinématographie et une attention particulière aux détails qui n’en finit jamais de séduire. S’il ne nous marque pas forcément pas son histoire, il se distingue par une mise en scène et une direction artistique affinée, sans pour autant privilégier la forme sur le fond. Dans tout ça, une chose est sûre, Perkins se fait avec Longlegs une belle réputation dans le milieu de l’horreur et anime nos attentes pour son prochain projet.




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