
Dire que la nouvelle série HBO Le Pingouin est une des séries les plus attendues de l’année serait sous-estimée l’attente autour du retour de Oz Cobblepot. En réalité, dès 2022, alors que The Batman de Matt Reeves n’était pas encore officiellement sorti, des discussions autour du développement d’une série sur le Pingouin étaient déjà en cours. Une fois le succès critique et public du Batman de Reeves établi, avec plus de 770M de dollars de recette, la question d’une série approfondissant l’univers sombre et violent du cinéaste ne se posait plus. De nouveau porté par Colin Farrell, ce premier épisode reprend aisément la suite du film pour installer sa prémisse.
Le Pingouin reprend presque directement après les évènements de The Batman, alors que le chaos a été semé dans la ville, inondée et en plein soulèvement. Le long travelling sur Cobblepot entrecoupé par des extraits de journaux télévisés installe l’effervescence et les bouleversements en cours dans le milieu criminel de Gotham après la mort du parrain de la mafia Carmine Falcone. En quelques minutes, toutes les intentions d’Oz sont déjà installées, la volonté de profiter de ce désordre pour se faire une place au plus haut rang des criminels de Gotham.
Les influences de Le Pingouin se font sentir au fil de l’épisode. Alors qu’Oz tue Alberto Carmine dans un excès de violence, son parcours et sa rencontre avec Vic font écho aux récits mafieux comme Les Affranchis dans son côté Rags to Riches (passer de la misère à la richesse). Mais la série étend rapidement son casting de personnages pour présenter différentes familles criminelles de Gotham contrôlant chaque partie de la ville. Travaillant pour le compte d’une de ces familles, Oz décide de jouer un double jeu et de construire son empire dans leur dos avec l’aide d’une famille rivale.

Soutenue par la bande sonore de Michael Giacchino pour The Batman, la série reprend également les codes visuels. Craig Zobel — appuyé par le scénario de Lauren LeFranc — retrouve le style noir et violent implanté par Matt Reeves dans un Gotham souvent pluvieux, sale et en proie à une grande pauvreté. Cependant, là où Reeves restait dans la pénombre, Zobel dévoile son jeu en plein jour. Des décharges publiques au manoir de La Famille puis au métro, cet épisode nous fait largement voyager dans Gotham de jour comme de nuit. L’utilisation de prise de vues de jour sert positivement au récit puisqu’il nous permet plus facilement de mettre en relation Oz avec son statut actuel. Malgré sa Mazzerati couleur prune, Cob prend le métro, marche dans la rue au milieu de tous. Il n’a pas encore le statut d’un grand criminel de Gotham, et c’est ce qui le rend appréciable malgré ses crimes. Bien qu’on puisse pointer du doigt un Gotham assez factice en fond durant certains plans larges sur la ville. Le travail de HBO reste remarquable sur un nombre important de séquences et de décors pour continuer de cultiver l’univers de Gotham et les évènements destructeurs de The Batman. Du reste, on remarque rapidement la qualité de production souvent attendue de la part de HBO et qui ici continue d’exceller malgré un budget bien plus restreint qu’une production cinématographique.
De retour pour jouer le rôle de Ozgood Cob, Colin Farrell retrouve tout ce qui faisait son personnage fascinant à l’écran en 2022. Dès ce premier épisode, on peut sentir que l’acteur essaye d’épaissir son personnage en lui donnant un jeu et une personnalité moins manichéenne. Le travail prodigieux du maquillage permet plusieurs gros plans sur son visage qui ajoutent à notre investissement et notre projection dans les pensées du personnage. Cependant, le jeu de Rhenzy Feliz semble néanmoins parfois un peu désintéressé ou peu sincère dans son interprétation et ses dialogues dans ce premier épisode.
Le Pingouin démarre en installant confortablement les bases de ce qui fera la série, les motivations d’Oz, les Familles, la guerre de territoire pour la vente de drogue dans Gotham, et le début de sa collaboration avec Vic. Craig Zobel et Lauren LeFranc reprennent tout ce qui faisait la réussite, aussi bien visuelle et narrative de The Batman pour ensuite prolonger le récit d’Oz Cob.




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