La Nuit se Traîne : Un Thriller Prenant qui Trébuche dans ses Derniers Instants


Rating: 3.5 out of 5.
Jonathan Feltre (Mady), dans une manifestation, La Nuit se Traîne, Michiel Blanchart, 2024.

Pour son premier long-métrage, le réalisateur belge Michiel Blanchart nous fait vivre, le temps d’une nuit à Bruxelles, l’enfer de Mady, un jeune serrurier utilisé par Claire pour voler de l’argent dans un appartement, que le pauvre homme va devoir retrouver avant le lever du jour sous peine d’être exécuté par un groupe de criminels. Pour une première réalisation, le cinéaste se montre très compétent dans son écriture et sa mise en scène, mais trébuche dans sa dernière ligne droite narrative.

À la fois à l’écriture et à la réalisation, Blanchart introduit intelligemment et facilement son histoire. Avec le titre du film et la quête de Mady pour retrouver l’argent en un court temps, nous faisons rapidement le rapprochement avec des films similaires comme Collatéral de Michael Mann. À la manière du cinéaste américain, Blanchart utilise peu de personnages pour délivrer son histoire. Conduit par de très bonnes performances de Jonathan Feltre (Mady), Jonas Bloquet (Théo) et un Romain Duris (Yannick) plutôt convaincant en chef de bande, La Nuit se Traîne installe rapidement et avec fluidité tous ses personnages dans ses trente premières minutes et les garde jusqu’au bout. De même, le cinéaste choisit précisément les éléments narratifs et contextuels importants afin de ne pas se perdre dans une surexposition, un cas souvent présent dans de premières réalisations. Ici, Blanchart ne s’étend pas sur la composition du groupe et les activités illégales de Yannick, mais donne juste assez d’éléments pour nous permettre de comprendre sa dangerosité et son influence, plus particulièrement dans la police. Le principe de placer la narration dans une temporalité serrée accentue la précipitation et l’impatience de nos personnages. L’argent doit être ramené rapidement, et si le premier plan ne fonctionne pas il est urgent de préparer le deuxième. La Nuit se Traîne donne également un contexte social et politique à son histoire en se déroulant durant des mouvements de manifestation en plein centre de Bruxelles après la mort d’un jeune homme tué par la police. Michiel Blanchart utilise cette toile de fond à plusieurs reprises pour influencer les décisions de nos personnages, et même altérer le cours des évènements dans la résolution de son récit.

Jonathan Feltre (Mady), Jonas Bloquet (Théo), La Nuit se Traîne, Michiel Blanchart, 2024.

Visuellement, le film profite d’une mise en scène très soignée et surtout énergique tout en restant facile à suivre. Durant le premier combat, le montage semble ajouter une vibration à chaque coup ou fracas porté, ce qui amplifie grandement les impacts et apporte une violence plus brute à la mise en scène. Blanchart arrive à faire ressentir l’urgence et le chaos dans ses séquences d’action sans qu’elles soient entachées par un découpage trop rapide ou une caméra trop volatile.

Malheureusement, c’est dans son dernier tiers que La Nuit se Traîne ne semble plus savoir comment délivrer une fin satisfaisante. Il est vrai que le récit semble s’arrêter brutalement, mais cela est fait intelligemment avec des éléments scénaristiques installés depuis le début du film.  Mais là où le film se situait dans un terrain assez réaliste en ce qui concerne les décisions de notre personnage et la continuité de l’histoire. Les vingt dernières minutes redémarrent la tension et l’action achevées quelques minutes auparavant pour un final assez superflu construit sur la relation entre Mady et Claire. Une relation assez peu développée narrativement et émotionnellement, ce qui rend le changement de décision de Mady curieux, pour ne pas dire invraisemblable.

La Nuit se Traîne se trouve être très efficace dans ses choix d’écritures et de mise en scène, ce qui fait du film une belle réussite pour Michiel Blanchart lorsque l’on sait que le genre thriller d’action peut parfois se révéler piège pour un premier film. Si le cinéaste semble se perdre dans une dernière séquence plutôt superflue, il propose tout de même une œuvre compétente et percutante.

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