Indiana Jones et le Cadran de la Destinée : Une suite coincée entre nostalgie et avenir


Rating: 3 out of 5.

Alors que Hollywood puise désespérément dans ses plus grandes franchises afin d’en faire un remake ou reboot, la franchise Indiana Jones passe elle aussi sur le billard pour une des autres déclinaisons en vogue chez Hollywood, l’ultime suite (et fin). 

La franchise avait pourtant déjà tenté de passer le flambeau dans sa suite Indiana Jones et le Crâne de Cristal en 2008 avec un Shia Labeouf qui était perçu comme le nouveau Indi, mais tout la comme la carrière de celui-ci, ce quatrième épisode fut une déception pour la plupart des fans, qui renient encore le film aujourd’hui. Succédant à Steven Spielberg et ayant pourtant tous les fans de la franchise contre lui, James Mangold avait pourtant réussi par le passé à donner une fin grandiose et tragique du personnage de Wolverine dans son film Logan (2016), qui avait su se détacher du mouvement et de la recette du film de super héros pour en faire un road movie sanglant et introspectif. De retour pour mettre en scène une nouvelle fois la fin d’un personnage iconique, il délivre avec Indiana Jones et le Cadran de la Destinée une aventure attachante et divertissante pour le personnage d’Indi, mais qui ne sait être honnête avec elle-même et le spectateur. 

            Situé dans les années 70 et son bouleversement culturel américain, le personnage d’Indiana Jones se rapproche davantage du professeur ennuyeux que de l’aventurier intrépide qu’il était, présenté dans le flashback que constitue l’introduction du film. Dépassé par la société et ses changements, Indi ressemble plus aux antiquités qu’il étudie et ne suscite plus l’intérêt des foules comme c’était le cas il y a quarante ans. 

Il est assez apparent que le film se veuille très méta dans ses commentaires sur la représentation d’Indi, et de Harrison Ford lui-même, dans la culture cinématographique d’aujourd’hui. Adulé des générations précédentes, oublié par les nouvelles au profit des franchises super héroïques, Indiana Jones et le Cadran de la Destinée veut aussi montrer que les vieilles franchises (et les vieux acteurs) ont encore de quoi divertir avec des aventures épiques. Après tout, la franchise n’avait pas attendu le MCU pour proposer de l’action aventure saupoudrée de comédie. 

Malgré toute sa bonne volonté, l’âge et la capacité d’Harrison Ford à proposer de grandes scènes d’action montrent ses faiblesses dans des scènes d’actions aux effets spéciaux parfois très visibles dans ses gros plans. En pleine séquence de course poursuite de tuk-tuk au Maroc, il est difficile de ne pas voir le fond vert derrière Ford tant ces plans sont quasi omniprésents et rendent la séquence, au demeurant, divertissante et intéressante, assez longue et répétitive. 

Afin de ne pas faire reposer tout le poids du film sur les épaules d’un acteur de 81 ans, Indi partage son aventure avec Helena Shaw, fille de son acolyte chercheur, Basil Shaw. Joué par Phoebe Waller-Bridge, le goût de l’aventure et les connaissances du personnage d’Helena la rapproche davantage d’un Indi au féminin que d’un personnage à part entière. C’est peut être là que se pose le problème éternel de la franchise, elle n’est rien sans Indi, toute tentative de substituer ou remplacer le personnage d’Harrison Ford n’en résulte que d’une copie conforme ou inférieure. Le personnage presque copie conforme d’Indi et les motivations antipathique et mercantile d’Helena Shaw ne parviennent jamais à nous donner de l’empathie pour ce qui lui arrive et Indi semble parfois être catapulté par la magie du scénario dans les points clefs du film car au final, ce que dit Indi à Helena Shaw se veut tout aussi vrai pour le film entier : “Tu as besoin de moi”. La notion de personnage moteur, de chef de groupe est interrogée par plusieurs par les personnages eux-mêmes, mais ce qui peut relever d’une interaction entre deux générations d’aventuriers et d’une dynamique d’acteurs suscite également notre interrogation, est-ce que le film sait lui-même qui est vraiment le personnage principal de cette aventure ? Il est assez contradictoire de voir Indiana Jones régulièrement rétrogradé au rang de personnage suiveur,  de personnage secondaire, alors que le film prouve sans cesse la nécessité de la présence du personnage pour le bon déroulement de l’histoire. 

Commercialisé comme la dernière apparition d’Harrison Ford sous le chapeau d’Indiana Jones, le film a pour but de donner au personnage d’Indi la fin qu’il mérite, une aventure qui résonne avec tout ce qui fait l’essence du personnage, de l’histoire antique, de l’exploration de temples, des nazis. Le film veut mettre un terme aux démons du personnage pour une résolution finale qui irait rendre à Indi sa paix intérieure avant de raccrocher le chapeau. 

Mais cette paix intérieure et l’objectif de donner une fin au personnage sont totalement contredits par ce dernier plan montrant une énième fois le chapeau conique repris par Indi, comme un symbole de retour à l’aventure. Symptomatique d’une époque, d’un climat cinématographique et d’un studio ne sachant pas lâcher prise, ce dernier plan est en totale contradiction avec tout le récit et sa conclusion de personnage, il est preuve d’une incapacité des studios d’aujourd’hui à mettre fin à des franchises phares souvent vieilles de quarante ans ou presque. Aussi fourbe que son propre personnage, le film est vendu et fait miroiter durant tout son déroulé une fin satisfaisante pour enfin se retourner et garder la possibilité d’en faire un sempiternel dernier film. Ce dernier plan immortalise une fois de plus la préférence des studios à numériser un acteur de 80 ans plutôt que chercher de nouvelles histoires à raconter au public. Cela laisse un goût de mensonge et d’avidité dans la bouche alors que le générique défile sous nos yeux. 

On ne peut s’empêcher de voir une contradiction entre ce que les dialogues, l’histoire et la communication autour d’Indiana Jones et le Cadran de la Destinée tentent de nous raconter du personnage d’Indi, et ce que les images racontent. Pourtant vieille de plus de 40 ans, la saga Indiana Jones ne sait se séparer de son personnage et de son acteur malgré de multiples tentatives d’introduire de nouveaux personnages pouvant reprendre le chapeau. James Mangold arrive tout de même à signer un film divertissant et respectant la franchise et ses codes, mais ne peut s’empêcher de tomber dans les travers du héros ne pouvant mourir, ni abandonner, ni raccrocher. 

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