60ans de Goldfinger : Comment le Troisième James Bond a Révolutionné la Saga et Défini le Genre


Poster of Sean Connery, Harold Sakata and Gert Fröbe as James Bond, Oddjob and Auric Goldfinger, Goldfinger, Guy Hamilton, MGM, 1964.

Si la franchise James Bond a réussi à s’ériger au rang des plus grandes sagas en accumulant plusieurs milliards de dollars de recettes, elle le doit notamment à Goldfinger. Sortie le 17 septembre 1964 en avant-première à Londres, la troisième adaptation de James Bond au cinéma est un véritable succès instantané à la fois en Europe et outre Atlantique. Si les deux premiers films, Dr. No et Bons Baisers de Russie ont été des réussites, Goldfinger suscite un engouement inédit qui changera la franchise, et le cinéma à tout jamais.

Ce troisième film retrouve tout d’abord ce qui avait si bien fonctionné dans ses deux premiers opus avec dans un premier temps, son acteur. Hésitant à reprendre le rôle par peur d’être catégorisé, Sean Connery revient tout de même dans Goldfinger et donne une nouvelle fois un charme au personnage que seul l’acteur pouvait donner. Son interprétation de Bond s’éloigne pourtant de ce que l’auteur Ian Fleming avait écrit dans ses livres. Dans les œuvres littéraires, Bond est un personnage assez froid, souvent grincheux s’il n’est pas occupé à ses passions, les voitures, les paris, l’alcool et les femmes. Le scénario de Richard Maibaum et l’interprétation de Connery viennent donc tempérer ce sérieux pour y ajouter un divertissement qui se remarque dès la scène d’introduction, lorsque Bond se camoufle sous l’eau avec un canard sur la tête. Quelques instants plus tard, lorsque notre agent ressort du complexe industriel qu’il s’apprête à faire sauter, il retire sa combinaison de plongée pour révéler un magnifique costume blanc. Dans cette séquence d’introduction réside tout ce qui définira le personnage pas la suite, il exécute à la perfection son opération, mais non sans une dose de légèreté voir de ridicule. Car Connery sait que tout cela est un film et que dans cette histoire et ce personnage réside une part de surréalisme, de fantasme. Cela étant dit, l’acteur sait capturer notre attention et faire redescendre le ton du film par un simple changement d’expression de visage. Lorsque Bond retrouve Tilly Materson, morte et couverte de peinture dorée sur le corps, Connery ralentit sa cadence de parole pour y donner de la gravité pendant qu’il téléphone à son associé Felix Leiter pour le prévenir de la mort de la femme.

Taniat Mallet as Tilly Materson, covered in gold paint, Goldfinger, Guy Hamilton, MGM, 1964.

Si les deux films précédents avaient déjà fait la présentation de Desmond Llewelyn en tant que Q, Goldfinger étend sa présence en lui donnant tout une division où sont préparés les gadgets et inventions qui définissent aujourd’hui le personnage. Une nouvelle fois, les gadgets présentés par Q donnent le ton des aventures de Bond avec des objets invraisemblables comme un parcmètre diffusant du gaz une fois qu’une pièce est mise dedans. Mais l’introduction de cette nouvelle division est l’occasion pour Q de présenter la nouvelle voiture, l’Aston Martin DB5. Au départ timide à l’idée de faire un partenariat pour ce film, la marque de voiture anglaise changera rapidement d’attitude une fois que les ventes de leur modèle augmenteront de 300 % après la sortie du film. Magnifiée par les plans de Guy Hamilton dans les Alpes suisses, et par ses gadgets extravagants (mitrailleuses, fumée, siège éjectable), la DB5 reste encore aujourd’hui la voiture iconique de Bond et un exemple incontournable de partenariat entre une marque et un film.

Sean Connery as James Bond, Goldfinger, Guy Hamilton, MGM, 1964.

Mais les honneurs ne vont pas seulement à Bond et son équipe, ils vont également à Gert Fröbe et Harold Sakata dans le rôle de Auric Goldfinger et de son bras droit Oddjob. Avec son physique imposant et son regard perçant, Fröbe arrive à donner malgré cela un jeu sympathique dans son interprétation, ce qui le rend d’autant plus menaçant dans ce qu’il prépare. Le personnage sera d’ailleurs doublé par Michael Collins en anglais, car Fröbe est incapable de parler anglais. De l’autre côté, Sakata délivre une performance formidable en tant que Oddjob et définit ce qui constituera l’archétype du vilain principal pour le reste de la franchise. Le personnage ne prononce jamais un mot, est fort comme un roc, et est équipé de son chapeau capable de couper n’importe quoi, ce qu’il démontre au terrain de golf sur une statue de pierre.

Face au projet de Goldfinger de pénétrer dans Fort Knox et polluer toute la réserve américaine d’or, Bond se trouve sans cesse en position de difficulté ou de désavantage. Lorsque Bond gagne un point dans la partie, Goldfinger rattrape rapidement son écart. Cet exemple peut notamment être vu après que notre espion gagne la partie de golf et place son traqueur sous la voiture de Goldfinger afin d’inspecter ses activités. Mais une fois sur place, il doit faire face aux soldats de l’usine et se retrouve capturé et attaché dans la base de Goldfinger. La scène peut être également comptée parmi les plus iconiques et mémorables à la fois pour la franchise Bond, mais aussi pour le cinéma. Face au laser de Goldfinger, Bond ne peut rien faire, pas de gadget, pas de pirouette pour s’en sortir, uniquement la parole. Là encore, Connery trouve dans son regard la détresse qui nous fait comprendre que l’agent 007 n’a plus rien dans sa besace, et devient désespéré. Fröbe installe une fois de plus son personnage emblématique avec sa répartie et sa cruauté : « Do you expect me to talk ? – No Mr. Bond I expect you to die ! ».

Gert Fröbe and Sean Connery as Goldfinger and James Bond, Goldfinger, Guy Hamilton, MGM, 1964.

Enfin, comment parler de James Bond sans mentionner les Bond Girls ? Si de nombreuses actrices ont revendiqué que leur personnage était différent des autres Bond Girls, elles ne sont jamais très différentes de Pussy Galore. Beaucoup a été écrit sur son personnage et sur la tristement célèbre scène de la grange. Bien que la scène représente à raison le gros point noir du film, il ne faut pas résumer son personnage à cela. Interprété par Honor Blackman, son personnage se démarque largement des deux premières Bond Girls de Dr. No et Bons Baisers de Russie. Là où ces deux premières étaient largement secondaires et passives quant à l’histoire et les aventures de Bond, Pussy Galore est pratiquement l’enjeu principal du récit et celle qui fait basculer le cours des évènements. Elle tient d’abord tête à Bond (psychologiquement et physiquement) et s’allie avec Goldfinger en tant que n° 2, et est un personnage qui n’attend pas les actions et paroles de 007 pour se décider et agir. Bond a beau prétendre avoir joué un rôle dans la décision de Galore de se retourner contre Goldfinger, elle le fait dans le dos de celui-ci et de son propre arbitraire. Alors que les précédentes Bond Girls étaient définies par les actions de Bond, Galore se définit elle-même et maitrise son propre destin.

Gert Fröbe, Honor Blackman and Sean Connery as Goldfinger, Pussy Galore and James Bond, Goldfinger, Guy Hamilton, MGM, 1964.

Le succès de Goldfinger au cinéma fait rentrer la franchise et la popularité de Sean Connery dans une autre sphère. Pour un budget de 3M de dollars, le film récolte plus de 43M de dollars mondialement, faisant de l’œuvre un succès planétaire. Pendant que le genre d’espionnage trouve dans Goldfinger une parfaite illustration qu’il ne cessera d’essayer de reproduire, Sean Connery signe pour trois nouveau James Bond (Opération Tonnerre, On ne Vit que Deux Fois et Au Service Secret de sa Majesté) et rejoint le casting de Pas de Printemps pour Marnie d’Alfred Hitchcock. Pour beaucoup, Goldfinger reste le James Bond ultime de la franchise, celui qui a permis de définir les codes, le ton et une structure narrative encore imités dans les œuvres récentes. Et pour tout cela, nous pouvons convenir qu’il constitue l’œuvre la plus importante de la saga.

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