Dìdi : Le Récit Semi-Autobiographique de Sean Wang est aussi Touchant que Beau à Regarder.


Rating: 4 out of 5.
DIid ( Izaac Wang) filming the skatebord tricks of his new gang, Sean Wang, Focus Features, 2024.

Avec une vidéo de mauvaise qualité, un cadrage plus qu’approximatif, une bande de jeunes collégiens font exploser un pétard sur le rebord de terrasse d’une vieille dame, en partant en courant, les cris aigus cassés, les rires et l’excitation donnent le ton. Nous sommes dans les années 2000, à l’aube de YouTube et dans l’insouciance juvénile.
Didi, de Sean Wang nous fait suivre Chris aka Wang-Wang aka Didi (Izaac Wang), au milieu de son été juste avant l’entrée au lycée. Les journées se résument à ça : trainer avec ses potes, faire des vidéos que l’on postera sur YouTube et retourner à la maison pour parler -évidemment avec ses potes – sur l’ordi. Pourtant, dans ce concours d’égo avec ses amis, se joue un passage à un stade plus mature de sa vie, à la fois en public et en privé.
Commençons par cela, il est assez stupéfiant de se rendre compte, rétrospectivement, à quel point nous étions insupportables plus jeunes. Toujours à se vanter, dire n’importe quoi et prétendre savoir des choses que l’on ne comprendra vraiment que bien des années plus tard. Une interminable quête pour être le plus cool de la bande. Mais c’est dans ces aspects que Didi trouve son authenticité, son côté capsule temporelle d’une époque qui nous semble si loin et pourtant si proche. Vivant avec sa mère Chungsing (Joan Chen), sa grand-mère Nai-Nai (Zhang Li Hua) et sa sœur Vivian (Shirley Chen), deux formes de cultures et mentalités sont mélangées lorsque Wang rentre à la maison. Une culture traditionnelle taïwanaise de la réussite et du travail, que Nai-Nai se cesse de répéter à sa fille en soulevant son incapacité à élever ses enfants, et une culture américaine jeune et rebelle dont l’école et les parents sont les dernières des priorités.

À travers son apparence de carapace blindée, caché derrière sa capuche, se joue chez Wang une crise identitaire. S’inventer une personnalité pour plaire à tout le monde, y compris à un groupe de jeunes skateurs, et surtout à Madi (Mahaela Park), faire plus grand que son âge. C’est loin d’être la première fois que ce genre d’histoire est racontée, Mid90’s de Jonah Hill y trouve notamment des ressemblances. Mais Didi trouve une qualité particulière dans son mélange pluriculturel. Chunsing essaye de tenir les deux bouts entre la solitude, s’occuper et supporter les reproches de Nai-Nai tout en gardant un contact et une proximité avec ses deux enfants, qui s’éloigne chacun pour leur raison. Bien que secondaire, Chungsing vole plus d’une fois la vedette au reste des personnages tant elle est émotionnellement émouvante. Elle à plusieurs reprises sur le point de nous faire verser une larme tant elle est déchirante dans son regard, son silence et ses sourires. On discerne sa tristesse, sa réclusion et son impuissance face à ce qui se passe autour d’elle, et pourtant, elle garde toujours espoir. Son personnage est un des nombreux exemples de comment avec peu de dialogues, Sean Wang nous fait ressentir les sentiments de ses personnages.

Didi with his family Chunsing, Nei-Nai, and Vivian at dinner, Dìdi, Sean Wang, Focus Feature, 2024.


Toute cette histoire est sublimée par le fait que Didi est un film magnifiquement mis en scène. La composition de Sean Wang et son cinématographe Sam A. Davis est constamment réfléchie et propose certaines merveilles qui sauront vous captiver. Le cinéaste utilise intelligemment ses décors et son cadre pour projeter les sentiments de Wang juste par l’image. Après une dispute avec sa mère, lorsque Wang rentre seul à la maison la nuit, le plan large et éloigné sur Wang marchant dans la rue dit tout sur son personnage sans le besoin de dire quoi que ce soit. Mais comme son personnage, la caméra et le montage trouvent aussi des moments de folie ou la mise en scène reflète l’insouciance et la bêtise, notamment avec l’histoire de l’écureuil de Wang. Le montage alterne frénétiquement entre des images de caméscope, de la slow-motion et des plans rapprochés pour donner à son histoire un divertissement décomplexé.
Plus d’une fois, Wang-Wang saura vous mettre mal à l’aise, notamment avec les interactions de Wang et d’autres personnages, d’autres fois, il vous fera rire de par sa stupidité, ou vous frustrer par ses actions. Mais c’est par ce biait que Sean Wang arrive à retranscrire un âge, une attitude à l’écran. Par l’imprudence du personnage, son embarras et son absurdité qui caractérise une période charnière de sa vie. Wang est parfois étrange et contradictoire , parce qu’il se cherche lui-même.
Le passage à un âge adolescent à souvent été mis en scène par d’autres cinéastes, mais Sean Wang trouve une simplicité dans son écriture qui la rend évidente, naturelle, tout en étant filmé avec beaucoup de justesse. Didi est un film touchant qui nous laisse silencieux après ses crédits, mais avec une irrémédiable envie de réécouter la douce bande sonore de Giosuè Greco.



Leave a Reply

Trending

Discover more from The Other Look

Subscribe now to keep reading and get access to the full archive.

Continue reading