
Il est assez surprenant de constater que Beetlejuice n’ait pas eu une suite plus tôt après sa sortie en 1988. L’idée d’un deuxième volet ne voit réellement le jour qu’en 2011, mais mettra encore plus d’une décennie à trouver matière. Avec le retour de Winona Ryder et Michael Keaton, Tim Burton voulait faire les choses correctement pour Beetlejuice Beetlejuice. Keaton décrit à People :
« Nous [Keaton et Burton] nous sommes dit qu’il fallait faire les choses correctement. Sinon, il ne faut pas le faire. Continuons notre vie et faisons d’autres choses. J’étais donc hésitant et prudent, et il l’a probablement été tout autant pendant toutes ces années ».
Pour autant, le tapis rouge n’a pas été tout de suite déroulé pour Beetlejuice Beetlejuice. Malgré le succès de Burton sur Netflix avec Mercredi, le cinéaste semblait avoir perdu sa magie au box-office ces derniers temps après les échecs successifs de Miss Peregrine et Dumbo. Il s’en est même fallu de peu que le nouveau film de Burton soit une exclusivité Warner sur la plateforme Max, sauvé par son cinéaste grâce à des négociations et une baisse de 50M de dollars de budget. Arrivé saint et sauf dans les salles de cinéma, Burton prouve que son univers a encore sa place et son importance sur grand écran.
Lorsque Burton témoigne qu’il ne pouvait envisager un deuxième volet à son film de 1988 sans la participation de Michael Keaton, on comprend rapidement pourquoi. On devine à travers l’interprétation de l’acteur le plaisir fou qu’il prend à retrouver son personnage. Dans toutes ses scènes, Keaton – âgé de 73ans – nage comme un poisson dans l’eau et donne à son personnage fantomatique de 600ans une vigueur remarquable. Se situant 36 ans après les évènements du premier, Beetlejuice utilise les bases du premier film pour installer ses nouveautés. À la table des anciens acteurs et actrices revenant pour cette suite s’ajoutent de nouveaux noms comme Jenna Ortega, Willem Dafoe et Monica Bellucci.

Mais l’introduction de personnages supplémentaire cause néanmoins un éclatement des trames narratives résultant en un récit au traitement assez inégal. Pendant que Astrid cherche désespérément à retrouver son âme volée par Jeremy avec l’aide de Lydia, Dolores (Monica Belucci) erre indéfiniment dans l’Afterlife à la recherche de Beetlejuice. On pourrait en dire autant pour Wolf Jackson (Willem Dafoe), ancien acteur devenu flic dans l’Afterlife menant l’enquête sur les meurtres causés par Dolores, qui aurait pu bénéficier de quelques scènes supplémentaires. Au moins de quoi nous permettre de profiter un peu plus d’un Willem Dafoe parfaitement à l’aise dans ce genre d’univers après Pauvres Créatures. Heureusement, Beetlejuice Beetlejuice est bien plus divertissant visuellement que narrativement.
Malgré les 50M de dollars amputés du film, Burton arrive à fournir une variété de décors et de séquences impressionnante. Une nouvelle fois, le cinéaste utilise l’ancien pour introduire le nouveau en nous faisant revenir dans les décors bureaucratiques et labyrinthiques souterrains du premier, tout en introduisant des portions jamais vues de l’Afterlife. Une fois le fantôme de Lydia lancé dans la partie, Beetlejuice ne perd plus une seconde pour nous montrer sa créativité. Par des costumes, décors ou danses, le film utilise tout ce qui est à sa portée pour retrouver ce qui faisait le premier film spécial et nous captiver à travers cet univers fantastique et morbide. Utilisant avec parcimonie de la CGI mélangée à des effets pratiques, le monde des morts n’a jamais été aussi attrayant à regarder en devenant un spectacle visuel comique continue.
L’enchevêtrement narratif de cette suite se trouve également être un poids assez léger à porter compte tenu de l’efficacité du montage mise en place. Là où de nombreuses suites ou reboot se perdent dans des films de plus de 2h, Beetlejuice Beetlejuice joue la carte de l’économie avec une durée de 104minutes, et cela paie. Sa première partie, conséquente en exposition et introductions narratives, laisse rapidement place au monde des morts et ses extravagances et accélérer le rythme de l’histoire. L’aventure de Burton trouve ici une juste dose d’action et de dialogues qui sait nous laisser au moment opportun sans s’étirer inutilement.
Déguisé derrière une suite du film culte de 1988, Beetlejuice Beetlejuice est en réalité un moment décisif pour Tim Burton, qui pourrait difficilement se relever d’un troisième échec en salle et retrouver la confiance des studios pour un futur projet. Mais le pari semble relevé pour le cinéaste. Après son succès à la Mostra de Venise, le film est en lice pour conquérir le box-office mondial avec 264M de dollars de recettes actuellement, et plus encore à venir. Malgré une narration dispersée, la suite de Burton sait se reposer sur une réalisation créative, de très bonnes performances et un rythme maitrisé.




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